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Cet espace cinéphile vous est proposé par
- Roland Camboulives
- Jacques Estal,
formateurs CLEMI
IUFM de l'académie d'Aix-Marseille.

Qu'est-ce que la critique?

Mardi 8 novembre 2005
Aborder la critique d'un film avec sa classe
Aider à trouver une posture critique et à formuler sur un film un jugement personnel.
Prendre conscience de sa subjectivité de spectateur, de la nécessité d'apprendre à regarder, écouter et s'informer. Prendre à l'égard de l'oeuvre une distance critique consciente de ses goûts personnels.

Objectifs

Apprendre à s'informer, raconter, décrire et expliquer.
Appréhender le langage cinématographique et l'histoire du cinéma.
Savoir identifier les effets et leurs mises en oeuvre
Aborder les notions d'objectivité, d'intentionnalité et d'opinion.

1 - Préparer la sortie, la projection ou le simple visionnement du film au magnétoscope.
Définir des objectifs et situer le film dans un contexte, un genre, une problématique.
Préparer la réception du spectacle en donnant des consignes de regard et d'écoute.
Eviter de raconter à l'avance le film, de donner la clé de l'énigme, d'anticiper sur l'élucidation ou de porter déjà des jugements de valeur.
S'il s'agit d'un film ancien, rappeler brièvement le contexte du film et faire découvrir aux élèves dans quelles conditions les spectateurs l'ont découvert à sa sortie.
S'il s'agit d'un film au programme et tout spécialement d'une avant-première, attirer l'attention des élèves sur la campagne de presse qui a préparé  l'exploitation du film.
Amener les élèves à réfléchir sur les conditions du spectacle cinématographique : projection en salle obscure, en continuité, circulation du son dans la salle. Par nature, le spectacle cinématographique fait appel à la vigilance et à la mémoire tant visuelle qu'auditive.

2 - Après le spectacle, travailler sur la mémoire du film et la prise de conscience de la subjectivité de la réception.
Laisser librement s'exprimer les premières émotions et réactions. Solliciter les témoignages sur les moments de participation, d'émotion, de peur ou de rire.
Amener à prendre conscience que c'est aussi de soi que l'on parle.
Reconstituer l'histoire et l'ordre des séquences. Cette activité conduira à s'interroger sur l'organisation du récit et son intention.
Confronter les souvenirs. parfois criants de disparité. Mettre en évidence ces divergences : chacun son livre, chacun son film. S'interroger sur la portée de cette découverte : savoir faire la différence entre parler de l'oeuvre et parler de soi.
Mettre les souvenirs en réseau et relier le film à d'autres films ou d'autres livres, spectacles, pièces de théâtre. Cette activité permettra par exemple d'engager une réflexion sur les genres et les intertextes. L'oeuvre n'apparaît pas par génération spontanée.

3 - Dans un second temps, avec les plus avancés, appronfondir la réflexion.
Mettre en évidence la nécessité de recourir à des outils d'analyse à une recherche historique sur le film : ainsi pourront être mieux cernées les notions de production, de réalisation et d'écriture.
Refaire à rebours le chemin de l'effet de sens ou d'émotion aux mises en oeuvre qui l'ont produit. Le choix d'une musique, l'efficacité d'un cadrage ou d'un raccord de plan, la qualité d'un éclairage, la durée d'un plan, un mouvement de caméra : toujours revenir aux images.
Les procédés d'écriture ainsi mis en évidence dans une scène se retrouventils ailleurs dans le film ? Retrouve-t-on des constantes qui permettraient d'identifier quelques éléments de la méthode du cinéaste ? On s'intéresse ici au traitement du film et à ce qu'Eisenstein appelait "l'unité organique".
Procéder par comparaison avec d'autres films du même cinéaste, du même genre, de la même période. Qu'apporte le film de nouveau, de personnel, d'unique ?
Ces découvertes permettent-elles de cerner l'intention du cinéaste, le regard qu'il porte sur le monde, sur son art ? Permettent-elles d'entrevoir son projet ? En quoi paraît-il abouti ?

4 - Activités de production à conduire en atelier d'écriture.
Prendre conscience de la démarche : l'article n'est pas une fiche cinématographique, encore moins une forme quelconque de devoir ou de communication qui soumettrait un travaill à un groupe d'experts. Bien au contraire il s'adresse à un public qui considère l'auteur de l'article comme un
spécialiste.Comme dans un article de vulgarisation, écrire pour informer et expliquer.
Tenir compte de la nature du film : il s'agit de parler d'un spectacle. Aider le lecteur à se le représenter. Evoquer des scènes, le traitement du film, raconter et décrire.

Eviter les amalgames et les confusions. Amalgames entre personnage et acteur mais aussi confusions entre ce que disent les personnages et ce que dit le cinéaste. Le critique ne doit pas parler de lui mais du film. Il doit le mettre à distance, sinon pas d'évaluation possible.

Comme on évite de confondre le fait et le commentaire, éviter de confondre ce que dit le film et ce qu'en pense le critique. Penser à Voltaire : "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire."

Jouer sur les différents types d'articles.
Billet d'humeur ou portrait pour l'éloge d'un acteur, la dénonciation d'un excès, l'expression d'un regret. Article de fond pour l'analyse du film.
Enquête sur les conditions d'un tournage, l'authenticité des faits évoqués, la genèse du film.
Interview ou micro-trottoir pour les réactions du public.
Compte rendu d'un débat ou d'une table ronde, etc.
Multiplier les angles d'attaques est une richesse à explorer.

RC
Par je-rc
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Vendredi 11 novembre 2005

Conduire une séance d'appropriation collective du spectacle Comment accompagner des enfants au des adolescents dans leur apprentissage d'une posture critique? Les propositions qui suivent tiennent compte des différents âges scolaires, du premier degré aux classes de collège et de lycée. A chacun de les adapter à son équipe de jeunes critiques.

Une fois le spectacle vu
Se demander ce qui persiste, et comment l'exprimer, le manifester, le donner hors de soi. On travaille sur l'empreinte et la trace.

Premières questions sur la participation au spectacle
Témoignages sur soi et le public, soi et la salle, émotions et mouvements de soi et du public.
Le travail de la mémoire et de l'imaginaire se nourrit des conditions du spectacle.

Le désir d'exprimer d'abord une émotion. Par la voix et le corps, par l'image, par la parole ou l'écriture, formes diverses de témoignage d'une réception subjective.

Partir par exemple de questions matérielles
Quelle est la couleur d'un spectacle? Sa lumière? Sa tonalité musicale? Son instrumentation? Quelles associations, modifications, oppositions?

A quel élément naturel associer le film, une scène, un personnage? Saison, eau, terre, feu? Le chaud, le froid? Lumière et ténèbres? Immobilité et mouvement? Silence, musique et bruit?

Prendre en compte cette réception, ce choc émotif et esthétique
Susciter ou favoriser le désir d'exprimer l'expression de cette participation immédiate. Après pourra s'exprimer la prise de conscience de l'illusion produite par le spectacle.

S'interroger sur l'aide-mémoire
Les notes que l'on prend pendant la projection ou tout de suite après.
Confronter ses notes. S'interroger sur les choix que l'on a fait, sur les critères. Qu'est-ce qui a déclenché la prise de note. Qu'a-ton écrit ? Un repérage de l'histoire, de la conduite du récit ? Un ragment de dialogue? Une émotion, une réaction ? Un jugement, une appréciation ? 

S'appuyer aussi sur la subjectivité
Avons-nous tous vu le même film ? Quel crédit puis-je me donner qui m'autorise à parler de la pièce, me permette de parler de la pièce sans parler de mai? En acceptant que c'est toujours aussi de moi que je parle?
Décrire, raconter, résumer, nommer, citer? Quelle place fait-on inévitablement à la subjectivité ? Est-ce du film que je rends compte ou de moi devant le film ?

Cheminement progressif vers la prise en considération d'effets de sens.
Justifier une mise en oeuvre par l'effet de sens qu'elle projette. Le pour quoi du spectacle.
Interroger le regard et l'écoute. Qu'ai-je vu, perçu de ce spectacle, qui m'était effectivement destiné? Comment rétablir ce que j'ai ajouté, supprimé, déformé parce que je suis un spectateur infidèle  ou distrait ?
Ce film, ou ce spectacle,  aurait-il un projet pour moi? Me souffle-t-il une, des entrées critiques?
Comment puis-je le saisir dans le flux intermittent, subjectif, infidèle de mon souvenir? Comment éviter d'ajouter ce prisme? Comment puis-je composer avec ce prisme inévitable


Qu'est-ce que prendre distance critique? De quoi s'éloigner?
A la manière de Machiavel, s'éloigner pour mieux voir. Partir de l'impression globale : unité de l'oeuvre mise en scène et représentée, "unité organique" sensible partout et partout concertée, pour revenir à Eisenstein.

A la manière d'une enquête, procéder à rebours
Le travail critique prend appui sur cette impression première, globale, sur cette chaîne d'émotions successives qui composent la partition affective du spectateur. Identifier les formes, les couleurs, les sons, les rythmes qui construisent la dimension esthétique du spectacle.
Remonter de ce que je reçois à ce qui m'est donné. De ce qui m'est donné à ce qui a été préparé, prévu, construit et répété. Puis représenté ou écrit, mis en scène, monté.

Sur quoi le spectateur éclairé, averti, peut-il s'appuyer?
D'abord sa participation à l'oeuvre, la qualité de son émotion esthétique, son génie de public, la pertinence de son regard et son expérience.
Rôle déterminant de la qualité de ce premier regard, de cette première écoute, de cette première complicité avec l'œuvre née bien souvent du souvenir d'autres films, culture commune partagée avec le cinéaste.

RC

Par je-rc
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